21H15_TERRASSE DE LA GROSSE MARMITE


Ce samedi est ce que l'on appelle dans le jargon des gens qui s'inventent un jargon : "un sam'di-pas-d'sortie". Et la solution de recours reste l'éternelle terrasse parisienne.


Me voilà donc attablée sur une chaise en ferraille, les genoux sous le menton, adossée au mur et la table calée sous mes seins. Et je scrute les yeux plissés tous les pecnos qui cherchent du regard un endroit où s'assoir, j'essaye de leur faire passer un message "ahahahahahah pas la peine de roder en attendant que je parte, je reste jusqu'à demain matin". 
Je suis avec Minette, mon fidèle.

Une fois la bectance commandée, je lance le premier sujet de conversation : 

-Alors, Bastien (rencontre virtuelle #4551) a répondu à ton mail ?

[blanc]

Je lève un sourcil, et comprend immédiatement. Je comprend que cette soirée qui s'annonçait aussi excitante qu'un mardi soir devant La naine de TF1 allait devenir une soirée langue de pute sur voisin de table.


Lui : la trentaine, le cheveux court, brun, et laquifié (j'aime bien dire de la laque. Plus personne ne le dit. Laque, laque, laque), le regard de tombeur (donc le sourcil tombant sur les extrémités), 1m70, mal (très mal) fringué, et pompes de merde (le genre de baskets du mec qui s'est dit "achetons des tennis, j'aurais l'air cool, mais je vais les prendre noires et sans forme de tennis pour que ca fasse quand même chaussures de villes). Beau mais beauf. Non même pas beau, mais se croit beau. Ou du moins est hyper canon aux yeux de la fille qui est en face.

Elle : le carré fraichement coupé, la barrette noeud-noeud dans les cheveux, la jupe et le haut Camaieu assortis comme elle pouvait, le maquillage type "j'me maquille que le week-end et aux mariages" (comprenez un couche de far à paupière vert ou bleu, l'important est de remonter jusqu'aux sourcils), le bourrelet sur les genous (du coup sous le menton).

Il attaque direct  : "ahahah (petit rire travaillé pour commencer une phrase), c'est quand même dingue, en 3 semaines, j'ai passé plus de temps avec toi qu'avec mon ex". 

[blanc]

Il enchaîne avec des règles de vie commune tel un mode opératoire à suivre à la lettre sans quoi le système pourrait quitter inopinément. "ahahah (il le maîtrise de mieux en mieux), tu vois je ne veux pas de relation où tu t'vois qu'une fois dans l'mois quoi. Et pis, pas la peine de s'appeler tous les jours. T'as des trucs nouveaux à dire tous les jours toi ? non ! Et ben tu m'envoie un texto et ca ira. On s'appellera le week-end (encore un qui cherche à rentabiliser son option soir&week-end)".
La Douce acquiesce immédiatement sans broncher, trop peur de perdre la Bête. Elle ajoute même, l'oeil scintillant : "Avec mon ex (hmm continuez à parler de vos ex), on se voyait pas souvent, et ben on faisait l'amour par téléphone". Elle se met alors à rire comme une souris qui essaierait de rire en silence et ajoute un "chuut, pas trop fort" avec un geste plat de la main.
La Bête est excité. Il l'a fait répéter 3 fois, et ponctue par des "rholala" (traduction : pas farouche celle-là).
Soudain, il a faim. Il faut commander, et vite ! Elle ne prendra qu'une salade. Il lui fait bien répéter son choix "T'es sure ? Mais la salade c'est genre en entrée ? Non ? Ah..."... "Et si je prend une entrée.. t'en prendra avec moi ?"
Elle : "Non."
Il est déçu, ça se sent. Mais est trop lâche pour prendre seul une entrée. Du coup il se rabat sur les pâtes. Au pire il prendra un dessert, elle a une tête à attendre le dessert tout le repas celle-là.
Il est soudain inquiet. Il lui demande s'il peut mettre sa veste en cuir sur sa chaise à elle (Doucette est le long du mur et ne donne pas sur le trottoir). "Tu comprends c'est une vraie. On pourrait me la voler
Les plats arrivent... et là on sent la jalousie, l'envie dans les yeux du mâle.
Pour-quoi sa salade est plus grosse et plus grasse que mes pâtes ????? Je vous passe les détails mais on en entendra parler tout le repas. La cruche essaiera de se justifier par la taille des assiettes, et finira tout compte fait par lui donner le reste de son plat. Elle n'allait quand même pas finir son assiette alors qu'elle était plus copieuse que la sienne. Elle aurait fait goinfre & grosse.
L'addition arrive. Il la regarde, et d'un air gentleman il insiste pour partager. Elle semble...contente (oui...).
Ils partent, et... Ah ! Elle avait oublié son étole plumes de poule. Heureusement que je lui ai dit ! 

- Non, toujours pas de nouvelles de Bastien. La pute.

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