19H37_TER PICARDIE




Prendre le train un 25 décembre au soir c'est un peu comme aller chez Monop un samedi aprem (ou chez Tang n'importe quel jour de la semaine) : on en sort pas indemne et détendu.

J'entre dans le wagon et, la magie de Noël aidant, je vois une place de libre. Je la fixe, l'hypnotise et je me fraye un passage en alternant bousculade de l'épaule et désolée-de-petite-fille-de-5-ans. Bon alors évidemment la place contre la vitre est déjà prise, faut pas trop en demander non plus. Je pose la question conne que tout le monde pose avant de s'assoir dans un train :
"Je peux m'assoir / c'est libre / y a quelqu'un / tu fais semblant de dormir pour pas que je m'assois ?"

Deuxième miracle de Noël : je peux m'assoir... ou du moins essayer. Je me retrouve coincée entre l'accoudoir et un four micro-ondes. Et c'est pas comme si j'avais sucé des glaçons à Noël, la dinde et sa graisse sont bien présentes. Si je pouvais digérer autrement que dans une position Playmobil, ça m'arrangerait bien.

Au bout de 10 minutes, Noël opère de nouveau... Voilà que mon voisin de devant se dit que tout le wagon pourrait être interessé par sa conversation. Si encore c'était une conversation... 

- Ouais bébé, ouais je voulais te dire, je suis désolé t'as vu. Non c'est moi qui parle. Je vais être moins con. Je vous aime tous. C'est MOI QUI PARLE J'TE DIS. Je vous aime tous bébé. Je voulais te le dire. Bye... ouais bye.

J'ai même pas le temps d'échanger un regard avec le four micro-ondes pour réagir à la conversation que le mec entre de nouveau dans le confessional.

- Allo Jojo. Ouais c'est moi, t'as vu j't'appelle pour te dire que je t'aime. Je vais essayer de voir positif maintenant. Je suis désolé si j'ai été con à la fête à matthieu mais t'as vu il a voulu arraché l'autocollant de ma casquette. Sérieux ça se fait pas. Mais je t'adore. Je vais réfléchir sur moi-même. Allez je te laisse. 

- Ouais Jérem, j'aurais voulu le dire ailleurs que sur ton répondeur, je voulais te dire que je suis désolé pour tout ce que j'ai fait. Bon vazi j'essaye de te rappeler ce soir si je peux.

Non seulement le mec déambule dans le wagon pendant qu'il nous fait son one man show, mais en plus de ça il parle assez fort pour que tout le TER Compiègne-Paris en profite. Je tente de lui faire les gros yeux, mais ça se transforme vite en coup d'oeil furtif (comme si je cherchais du regard ma valise), le mec n'a pas l'air commode. 

Au cinquième coup de fil de Peine-de-Noël, je me demande si en fait le mec n'est pas en train de préparer un sale coup, genre il va faire pèter le train et il est juste en train de faire ses excuses à tout son répertoire (t'as vu) pour essayer de négocier une place au Paradis.

Soudain, délivrance. 
"Notre train entre en gare de Paris Nord, son terminus. Prenez garde à ne rien avoir oublié à votre place..."

Je souffle de soulagement et mon voisin de gauche bipe.

Merci Père Noël.

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