+2H_AGADIR


Paris, 1°
Agadir, 26°

Vingt-cinq degrés ont suffit à me convaincre de partir une semaine au Maroc.  Semaine durant laquelle je savais par avance que je n'allais rien faire. Non pas parce que je me suis dis que j'allais rouler sur le sable de l'eau salée jusqu'à ma serviette pendant 7 jours, mais parce que j'allais les passer avec ma grand-mère et son mec. Un moment de folie, encore un. Pour faire court, j'avais plus de bouquins dans mon sac que de tenues de soirée.

L'enfer a commencé dans la file d'enregistrement à l'aéroport. J'ai eu beau voyager seule, Jean-Michel lui a voyagé avec ses auréoles et l'odeur qui va avec. Jean-Michel n'est autre que le monsieur-brun-à-lunettesfumées derrière moi dans la file. Mais si encore il n'y avait que ça. Le mec a cru pouvoir organiser une manif dans l'aéroport (en remuant des aisselles). Motif ? 

- Non mais Christine, c'est pas possible ! Il nous disent porte d'embarquement 17 et là on est au 53. On n'a pas les bonnes informations.
- Jean-Michel, là nous ne sommes pas à la porte d'embarquement. Nous sommes à l'enregistrement.
- Je ne veux pas le savoir Christine, ils ne nous donnent pas les bonnes informations. 17 ? Je ne vois pas de 17.
(10 minutes plus tard)
- Jean-Michel, on ira après à l'embarquement 17. T'as pris ton gilet ? T'as pas pris ton gilet ! Je te l'avais préparé.

Une fois sur place, plus de Jean-Michel, mais à la place : ma grand-mère et son mec Bebert. Ah et le chat. Enfin, le chat... un crachoir. 
Les règles sont simples : le crachoir ne doit pas sortir de la maison, sous aucun prétexte. Ce qui signifie qu'il va falloir vivre à tâtons pendant une semaine vu la taille et le nombre de fenêtre. Ma lampe frontale en place, je rentre dans ma chambre et découvre mon chocolat sur l'oreiller : pas de WIFI. Coupée du monde, seule avec environ 140 ans et un crachoir pendant 7 longs jours

7 jours pendant lesquels j'ai mangé de l'huile à chaque repas : Huile aux tomates, Huile aux frites, Huile à l'avocat (oui oui), Huile frie, Huile au beurre. Autant dire que j'ai fait péter mes taux d'oméga 3-6-12 et j'en passe.
7 jours pendant lesquels Bebert a oublié sa casquette alors on a du revenir à la maison, Bebert a envie de pisser alors on a du revenir à la maison, Bebert a acheté 9 régimes de bananes parce que j'ai eu le malheur de dire qu'elles avaient l'air bonnes alors on a du revenir à la maison,...
7 jours pendant lesquels j'ai entendu "on va marcher sur la digue ?" : c'est à dire prendre 1h30 pour faire 500 mètres (repos des jambes tous les 100 mètres) et regarder la mer avec des yeux doux sachant très bien que même un doigt de pied ne pourra la toucher... 
7 jours pendant lesquels j'ai entendu ma grand-mère dire "inch'allah" et "labes" avec par alternance l'accent picard, marseillais, québécois, vosgien. 
7 jours pendant lesquels j'ai du copiner avec les trois tortues du jardin, mes seules amies marocaines. Jusqu'au jour où l'une d'entre-elle s'est un peu trop détendue (surement trop de légumes verts), j'ai été choquée, on est resté en froid.
7 jours pendant lesquels j'ai vu ma grand-mère me faire l'inventaire de son sac-à-main à l'arrière des taxis "Oh tu connais ce rouge-à-lèvre ? Ah tiens un carnet vert. Ce stylo est génial, écoute c'est à se rouler par terre que d'écrire avec."

Fin du séjour : nous sommes invités à dîner dans une famille assez classe. Je pétille des yeux à l'idée d'avoir une vie sociale. Le pétillement sera de courte durée : on m'annonce que les nanas seront séparées des mecs et que mes futures copines de soirée ne parlent que l'arabe. Je sens que je vais avoir le droit à un nouvel inventaire de sac.
Une fois sur place, je déambule comme une princesse sur le tapis d'entrée de l'appartement des femmes. Avec mes chaussures bien sûr. J'ai cru que j'avais tué un mouton ! 

- Non pas les chaussures sur le tapis ! Ohlala, enlève-les vite. On le répètera pas à Bebert. 
Casse-toi le cul à assortir tes pompes à ton haut : ça ne sert à rien.

Comme pendant le repas on ne communique que par clignement d'oeil, sourires gênés, et claquement de cuillères-à-soupe, la maitresse de maison décide d'allumer la télé pour qu'on garde un souvenir animé de la soirée. Ce soir là, National Geographic nous fait l'honneur de diffuser son plus grand reportage animalier : l'appareil génital du canard domestique. Re-sourires gênés. On éteint la télé. 

Alors que l'ambiance est au top, le fils de la cheftaine de maison nous annonce que la soirée est terminée et qu'on est invitées à quitter les lieux. Au moment où je remets hors-tapis mes chaussures, celui-ci me tend un sac. Il est couturier et s'est dit qu'il allait agrandir ma garde-robe avec une djellaba bleue, verte, rouge, or, à paillettes et sequins. Plus touchée par le geste que par le tissu, je me jette dans ses bras pour le remercier. Deuxième mouton de tué.

- Non, on embrasse pas les hommes ! Ohlala, enlève ta bouche de sa joue, vite. On le répètera pas à Bebert.

Sur le retour, nous marchons en silence tous les trois. Nous passons devant des jeunes en train de compter les étoiles. Bébert les lorgne et s'exclame à ma grand-mère : 
- R'garde-moi ça ! Ils se shootent.
- Non n'importe quoi, ils essayent la drogue Bebert !
- C'est pareil !

Lendemain, 16h35 - aéroport d'Agadir

- Jean-Michel, t'as rangé dans quel sac les babouches pour maman ?

1 commentaire:

  1. Je ne suis ni Canet ni Grondin, mais je trouve ta plume intéressante. Enfin, ton clavier.

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